Je n’aime pas les films de super-héros, mais alors vraiment pas ! J’ai peut-être un peu de sympathie pour quelques histoires de Spider-Man et de Batman, et j’apprécie le traitement narratif qu’on retrouve dans “Invincible”. À part ça, ce genre, en particulier au cinéma, me débecte au plus haut point ; je lui préfère infiniment un cinéma ne serait-ce qu’un peu auteurisant, qui ose sortir des sentiers battus.
Alors, quand “Birdman” débarque avec son petit commentaire acide sur cette industrie, sur l’abrutissement qu’elle engendre autant chez les spectateurs que chez les acteurs, je ne peux m’empêcher de sourire. Ce clin d’œil, ce regard lucide sur la machine hollywoodienne, c’est savoureux. Mais il faut bien le dire : un commentaire ne fait pas un film. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est la manière dont “Birdman” met tout cela en scène, comment il transforme un propos attendu en expérience cinématographique.
Nous avons tous un alter ego, un é que l’on désavoue plus ou moins, des choses que l’on regrette, des rêves avortés. Cette idée, je l’ai vue mille fois, mais la voir abordée à travers l’image du super-héros, jamais. L’utilisation des pouvoirs de Birdman lorsque Michael Keaton touche le fond, c'est juste brillant. L'idée visuelle, "concept" (dieu sait que je déteste ce mot) du film est très bien explorée par Inarritu et fonctionne parfaitement bien pour montrer visuellement qui est Riggan Thomson, le personnage de Michael Keaton (ayant incarné Batman dans sa carrière, tiens donc les mots ont un sens).
Le chaos et la vie qui fourmillent dans ce théâtre à travers un plan-séquence (visuel, et non réel : il y a des micros coupures, des fondus au noir), c’est aussi franchement intelligent. Malheureusement pour ce film, je l’ai regardé juste après avoir vu “Kaili Blues” de Bi Gan, qui propose l’un des meilleurs plans-séquences du monde. Du coup, le plan-séquence de “Birdman” m’a moins impressionné et touché, même si je salue l’idée visuelle très impactante et franchement réussie.
Le personnage qui m’a le plus touché, c’est celui de Keaton : sa détresse, son envie de réussir, ce sentiment que tout lui échappe — tout cela force l’empathie. Je trouve toutefois dommage qu’on ne voie pas davantage ses défauts, ni assez son côté Birdman ; il aurait pu être encore plus attachant, plus nuancé. Ici, pas de sobriété, mais une excentricité parfaitement maîtrisée, qui donne au film une énergie singulière.
Ce qui me frappe, c’est qu’à peine deux ans après ce film, Michael Keaton ait accepté le rôle du Vautour dans “Spider-Man”. C’est triste, peut-être même un peu cynique, et au fond, cela ne fait que donner raison à “Birdman” sur tout ce qu’il dénonce. La boucle est bouclée, et le commentaire du film résonne d’autant plus fort.